Mar 17

Sixième lettre circulaire des membres de la Société de Jésus couronné d’épines

Philippe de Champaigne - Le Christ mort couché sur son linceul

Mesdames, mesdemoiselles,

Voici quelques nouvelles de notre société.

Réunion du 1er octobre 2016

L’année 2016 étant le temps de préparation au centenaire des apparitions de Notre-Dame à Fatima (2017), nous avons profité de cette occasion pour une conférence intitulée Fatima et la modestie chrétienne. En voici les grandes lignes.

Dans la 1ère partie nous avons rappelé pourquoi il est nécessaire de (toujours) en parler. En fait c’est au pape Pie XII de nous adresser la parole (il le fera beaucoup mieux que votre serviteur) :

« Le plus grand péché de notre génération moderne est qu’elle a perdu tout sens du péché (…). Beaucoup de femmes cèdent à la tyrannie de la mode, même si elle est immodeste (…). Même parmi les catholiques pieux et de bonne volonté il y a beaucoup d’ignorance en ce qui concerne la modestie catholique véritable » [1].

Ensuite dans la 2ème partie, nous avons traité du double aspect du vêtement modeste (rempart de la modestie) : aspect défensif et offensif. Sœur Lucie de Fatima disait ainsi (rapporté par le Père de Marchi dans Témoignages sur les apparitions de Fatima) :

« Qui donnerait aux vêtements actuels ne serait-ce qu’une ombre de la modestie de ceux que nous portions alors ! (…) Le vêtement ne nous a pas été donné par Dieu comme un ornement au service de la vanité et de la légèreté humaine, mais bien comme une défense contre le péché, comme un signe de pénitence et de châtiment pour le péché commis, et pour qu’il nous rappelle les lois de Dieu que tous nous devons accomplir. (…) De plus, le vêtement modeste avec lequel nous devons nous couvrir est un signe distinctif qui nous distingue dans l’immoralité régnante et par lequel nous donnons un véritable témoignage du Christ ».

À l’âge de 10 ans, l’autre voyante de Fatima (la petite Jacinthe) a dû subir une opération chirurgicale… Pour savoir ce qui l’a fait souffrir le plus et quels remèdes il faut appliquer à la maladie de l’immodestie, veuillez écouter l’intégralité de notre conférence (aussi bien que les deux autres conférences).


Réunion du 19 novembre 2016 et du 28 janvier 2017

Dans nos conférences, nous citions souvent le pape Pie XII. Nous avons voulu, à partir de la dernière réunion de l’an dernier, faire une sorte de synthèse de l’enseignement pontifical de ce grand Pape au sujet de la modestie et de la mode. Cela nous prendra plus qu’une seule conférence, mais cela vaudra bien la peine. Nous nous servons du livre Le Problème moral et pédagogique de la mode, Enseignements Pontificaux, commentés par Elisabeth van Hecke.

Voici le plan de l’ouvrage :

Section I : Fondements

Chapitre I : la dignité du corps humain

1. L’homme est à la fois matériel et spirituel
2. Le chrétien est ‘membre du Christ’, ‘temple du Saint-Esprit’

Chapitre II : la morale chrétienne

1. La morale chrétienne est une morale surnaturelle
2. Pie XII oppose la vérité à l’erreur en morale

Les trois voyants de Fatima : Lucie, François et JacintheSection II : Enseignements pontificaux relatifs au vêtement et à la mode

Chapitre I : la triple finalité du vêtement

1. L’hygiène
2. La pudeur
3. Bonne présentation

Chapitre II : comment se pose le problème de la mode ?

1. Qu’est que la mode ?
2. Y a-t-il un problème moral de la mode ?
3. En quoi consiste le problème de la mode ?
Comment le résoudre ?
4. Les ennemis de la mode honnête

Section III : Directives

Chapitre I : principes et directives pratiques

1. Prendre conscience de l’influence réelle de la mode
2. La mode doit être dirigée
3. Le respect de la mesure

Aux deux dernières réunions nous avons essayé de bien poser les fondements (cf. section I).

Voici comment le pape Pie XII nous parle de la dignité du corps humain (chapitre I) dans son Allocution aux formations sportives d’Italie, 20 mai 1945 :

En réalité, [l’Église] a toujours témoigné à l’égard du corps humain une sollicitude et un respect dont le matérialisme dans son culte idolâtrique n’a jamais témoigné. Et c’est très naturel, puisqu’il ne voit, ne connaît du corps que la chair matérielle, dont la vigueur et la beauté naissent et fleurissent pour se flétrir bientôt et mourir, semblables à l’herbe des champs qui finit dans la cendre et la boue. Bien différente est la conception chrétienne. Le corps humain est en lui-même le chef-d’œuvre de Dieu dans l’ordre de la création visible. Le Seigneur l’avait destiné à croître ici-bas, puis à s’épanouir immortel dans la gloire du ciel. Il l’a associé à l’esprit dans l’unité de la nature humaine pour faire goûter à l’âme le charme des œuvres divines, pour l’aider à contempler dans ce miroir leur commun Créateur, à le connaître, l’adorer, l’aimer. Ce n’est pas Dieu qui a fait mortel le corps humain, c’est le péché : mais si, à cause du péché, le corps, tiré de la poussière, doit un jour retourner en poussière, le Seigneur l’en tirera de nouveau pour le rappeler à la vie. Même réduits en poussière, l’Eglise respecte et honore les corps morts dans l’espérance de leur résurrection.

Mais voici (continue le pape, toujours dans la même allocution) une vision encore plus haute où nous introduit l’apôtre Paul : « Ne savez-vous pas, dit-il, que votre corps est le temple de l’Esprit-Saint qui est en vous, qui vous a été donné par Dieu ? Et que vous ne vous appartenez pas, car vous avez été bel et bien achetés ! Glorifiez donc Dieu dans votre corps [2] ». Glorifiez Dieu dans votre corps, temple de l’Esprit-Saint. Ne reconnaissez-vous pas là, chers fils, les mêmes paroles qui se font entendre si souvent dans les psaumes : « Louez Dieu et glorifiez-le dans son saint temple » ? Mais alors il faut dire aussi du corps humain : « A votre maison convient la sainteté, Seigneur [3] ». Votre temple réclame la sainteté, ô Seigneur ! Il faut aimer et entretenir la dignité, l’harmonie, la chaste beauté de ce temple : « Seigneur, j’aime le séjour où tu habites et le lieu où réside ta gloire [4] ».

Le corps de l’homme est à la fois matériel et spirituel : il est l’instrument de l’esprit ; l’homme (composé du corps et de l’âme) a été fait ‘à l’image de Dieu’, créé aussi pour Dieu et ce même Dieu n’a pas fait mortel notre corps (la faute est à nos premiers parents) … autant de raisons de respecter le corps de chaque homme. Mais on en pourrait dire autant de tout homme sans distinction croyant/non-croyant. Pour un chrétien il y a plus, car c’est par son corps (s’il est en état de grâce) qu’il est le membre visible de l’Église (du Corps Mystique de Notre-Seigneur) et le temple du Saint-Esprit.

Bien loin de nier la loi naturelle, la morale chrétienne la suppose, comme la grâce suppose la nature. Mais qu’est-ce que la morale chrétienne (Chapitre II) ? Même si elle s’étend aux moindres détails d’ordre naturel, elle est avant tout une participation à la vie même de Dieu [5].

Cette morale est aussi surnaturelle, et sous les 4 points de vue, par :

  1. son OBJET, qui est Dieu Lui-même, vers QUI toute notre activité morale doit être orientée : son origine étant en Dieu elle se termine en Lui (tout en passant par les créatures) ;
  2. ses MOTIFS : faire ceci ou ne pas faire cela pour plaire ou ne pas déplaire au Bon Dieu ;
  3. ses EFFETS : bonheur ou malheur éternel ;
  4. son PRINCIPE : nous participons réellement à la vie de Dieu.

Mais à cette morale chrétienne qui n’est rien d’autre qu’une morale des fils de Dieu, des vrais fils de l’Eglise, on a opposé une morale toute nouvelle. Voici comment Pie XII décrit cette nouvelle morale (appelée autrement morale ou éthique de situation) :

L’éthique nouvelle, disent ses auteurs, est éminemment « individuelle ». Dans la détermination de conscience l’homme singulier se rencontre immédiatement avec Dieu et se décide devant Lui, sans l’intervention d’aucune loi, d’aucune autorité, d’aucune communauté, d’aucun culte ou confession, en rien et en aucune manière. Ici il y a seulement le je de l’homme et le Je du Dieu personnel ; non du Dieu de la Loi, mais du Dieu Père, avec qui l’homme doit s’unir dans l’amour filial. Vue ainsi, la décision de conscience est donc un « risque » personnel, selon la connaissance et l’évaluation propres, en toute sincérité devant Dieu. Ces deux choses, l’intention droite et la réponse sincère, sont ce que Dieu considère ; l’action ne Lui importe pas. De sorte que la réponse peut être d’échanger la foi catholique contre d’autres principes, de divorcer, (…), de refuser obéissance à l’autorité compétente dans la famille, dans l’Église, dans l’État, et ainsi de suite.

Pie XII (1876-1958)A quoi le pape Pie XII répond :

Chacun voit à quelles funestes conséquences conduirait un tel bouleversement des fondements mêmes de l’éducation. (…) Il est bon de mettre en évidence le défaut central de cette nouvelle morale. En remettant tout critère éthique à la conscience individuelle, jalousement fermée sur elle-même et rendue arbitre absolu de ses déterminations, cette morale, bien loin de lui aplanir le chemin, la détourne de la voie maîtresse, qui est le Christ. (…)

C’est à l’Église et non aux individus qu’a été promise l’assistance divine, ordonnée à préserver la révélation d’erreurs et de déformations. Sage prévoyance là encore, car l’Église, organisme vivant, peut ainsi, avec sûreté et aisance, soit éclairer et approfondir même les vérités morales, soit en faire l’application, dans les circonstances changeantes des lieux et des temps, en en maintenant la substance intacte. Que l’on pense, par exemple, à la doctrine sociale de l’Église qui, surgie pour répondre à des besoins nouveaux, n’est au fond que l’application de l’éternelle morale chrétienne aux conditions économiques et sociales du temps présent…[6].

Enfin Pie XII oppose à la morale de situation trois maximes qui valent pour tous :

  1. Nous concédons que Dieu veut premièrement et toujours l’intention droite ; mais celle-ci ne suffit pas. Il veut aussi l’œuvre bonne.
  2. Il n’est pas permis de faire le mal afin qu’il en résulte un bien [7]. Mais cette éthique agit (…) d’après le principe que la fin sanctifie les moyens.
  3. Il peut y avoir des situations dans lesquelles l’homme, et spécialement le chrétien, ne saurait ignorer qu’il doit sacrifier tout, même sa vie, pour sauver son âme. Tous les martyrs nous le rappellent (…). Mais la mère des Macchabées et ses fils, (…), Maria Goretti et des milliers d’autres, hommes et femmes, que l’Église vénère, auraient-ils donc, contre la situation, inutilement ou même à tort encouru la mort sanglante ? Non certes, et ils sont, dans leur sang, les témoins les plus exprès de la vérité, contre la nouvelle morale.[8]

N’hésitez pas à y inviter vos connaissances qui seraient intéressées au sujet de la modestie (ou qui devraient l’être). Soyez bien fidèles à votre petit engagement quotidien : l’invocation Notre‑Dame de la Sainte Espérance convertissez-nous + Ave Maria + Notre‑Dame de la Sainte Espérance convertissez-nous. N’oubliez pas aussi de donner, partout et toujours, un bon exemple de la modestie chrétienne dans la tenue extérieure.

Au pied de l’autel et de l’Immaculée : Frère Hyacinthe-Marie O.P.

[1] Radio-message au Congrès catéchétique national des Etats-Unis d’Amérique à Boston (26 octobre 1946)
[2] 1 Co 6,19-20.
[3] Ps. 92,5.
[4] Ps. 25,8.
[5]  P. Trémeau O.P. : Principes de Morale Chrétienne, 1959, p. 3.
[6] Pie XII, l’Education de la Conscience, Radio-message à la clôture de la ‘Journée de la famille’ en Italie, 23 mars 1952.
Source : Acta Apostolicæ Sedis, 1952, pp. 270 et sq.
[7] Rom. 3,8.
[8] Pie XII, Une nouvelle morale, Allocution à la Fédération mondiale des Jeunesses féminines catholiques, 18 avril 1952.
Source : Acta Apostolicæ Sedis, 1952, pp. 413 et sq.