Évêque et Docteur de l’Église
Messe : In medio
Oraison : « Écoutez, Dieu tout-puissant, nos supplications et, par l’intercession du bienheureux Augustin, votre Confesseur et pontife, accordez à ceux auxquels vous donnez la confiance d’espérer en votre bonté, le don de votre miséricorde habituelle ».
Augustin, c’est la miséricorde de Dieu en marche vers sa plénitude. Elle est merveilleuse, cette marche de la miséricorde, cette poursuite de la brebis perdue d’abord, et puis après, cette effusion de la grâce, double grâce : celle de la lumière et celle de la sainteté. C’est pourquoi on a choisi cette oraison qui chante la bonté infinie de Dieu et nous fait espérer ses effets en nous-mêmes.
Quand Dieu veut une âme, quand il l’a marquée de son sceau éternel pour son bercail à lui, il la prend où qu’elle soit et quoi qu’elle fasse.
Très loin, ce jeune africain, très loin des vues de la Providence sur lui. Il est intelligent, il aura du génie — et quel génie ! — Mais alors son idée est de paraître. Dans ce vieux monde romain qui va vers sa ruine, il veut être
quelqu’un, un savant, un philosophe que l’on écoute, un Docteur, que l’on admire. La foi chrétienne, celle de sa sainte mère Monique lui tient peu. il n’est pas encore baptisé, du reste. Ses passions l’écartent de plus en plus du Christ. Il va se perdre dans les rêveries malsaines des Manichéens. Et Monique, qui sans s’en douter, a reçu du Maître la mission de lui ramener cette brebis perdue, Monique pleure sur l’incrédulité et la vie déréglée d’Augustin. Elle pleure et elle prie. Augustin, du reste, aimait tendrement sa mère, mais il aimait aussi autre chose.
Jésus le poursuit par les larmes de Monique. Quand il s’embarque pour l’Italie, croyant dépister sa mère, Monique, désolée, prend un autre bateau, et le suit II va à Milan où son éloquence peut se déployer à l’aise. Monique l’y rejoint. Le bon Pasteur Jésus l’attend là pour le prendre dans le fourré d’épines et le mettre pantelant sur ses épaules. A Milan, les larmes de Monique s’unissent à la parole de saint Ambroise. Ces deux forces divines vont triompher d’Augustin.
Il habite près de Milan. Il est entouré de quelques amis déjà chrétiens. Avec eux il va entendre Ambroise, il va même s’entretenir avec lui. Et la grâce s’insinue peu à peu dans l’âme d’Augustin. L’appel de Jésus se fait plus pressant, plus impérieux. Et un jour dans le jardin de la villa où il habite, Augustin tourmenté, anxieux, se jette à l’ombre d’un figuier. La lutte fut longue, douloureuse. Pour devenir chrétien, pour recevoir le baptême, il lui fallait renoncer à ses plaisirs sensuels, renoncer à la femme qu’il aimait et dont il avait eu un fils. Ses sens se révoltaient contre une pareille détresse et, là, étendu sous le figuier, Augustin sentit la plus cruelle agonie morale. Soudain une voix d’enfant se fit entendre, qui chantait : Tolle, lege ! Prends et lis. Augustin prit les Épîtres de saint Paul qu’il avait près de lui, ouvrit le livre au hasard et lut : Revêtez-vous de Jésus-Christ et ne vous occupez plus des désirs de la chair. Une lumière, la lumière de l’Esprit-Saint envahit Augustin. Il comprit, se leva, et l’âme endolorie mais pacifiée, il revint auprès de sa mère et de ses amis. La lutte était finie. Monique avait vaincu par ses larmes, mais les larmes de Monique étaient les larmes mêmes du bon Pasteur Jésus, qui ne pouvant plus pleurer dans sa béatitude, avait mis ses propres larmes dans les yeux de Monique.
Toute la gloire d’Augustin, son génie chrétien, sa science profonde, ses merveilleux écrits, lumineux de pensée et chauds d’amour, qui font de lui la plus grande lumière de l’Église, tout, avec sa sainteté, tout vient de cette grâce de conversion.
Aussi devint-il, comme par un don de cette grâce, le docteur le plus sûr et le plus pénétré de la science de la grâce de Dieu. Sachant, dans la conscience intime de lui-même, ce qu’il était avant la grâce de sa conversion et ce que cette grâce avait fait de lui, Augustin, émerveillé et profondément reconnaissant à la bonté de Dieu, comprit que la bonté de Dieu seule donne la grâce, sans mérite aucun de notre part et que sans cette grâce purement gratuite, nous ne pouvons rien faire pour notre salut.
Leçon très essentielle de la vie chrétienne, qui en commande les premiers principes et les plus magnifiques épanouissements. Augustin, Docteur de la grâce, par expérience personnelle et par science parfaite, nous montre la
voie de toute créature pour arriver à Dieu, celles qui demeurent pures de toute faute comme celles qui ont besoin de pardon. Pour toutes, c’est la grâce qui opère gratuitement leur salut. Le Maître divin en a posé lui-même le principe absolu : sans moi vous ne pouvez rien faire.
Augustin mourut, évêque à Hippone, en 430. Les Barbares assiégeaient la ville. Et c’est chose émouvante de penser que cet homme incomparable eût pu tomber entre leurs mains. Dieu ne le permit pas. Augustin était mort quand Hippone fut prise et saccagée.
A Rome, une splendide église lui est consacrée. Elle garde tout à la fois le souvenir d’Augustin et les restes mortels de Monique. Le fils et la mère sont tous les deux à l’honneur auprès du Christ Jésus.
Je suis ce que je suis par la grâce de Dieu, dit Augustin avec saint Paul, mais il faut ajouter : cette grâce qui m’a fait ce que je suis, je l’ai reçue gratuitement par les larmes de ma mère.