Apôtre
MESSE
Introït : « Dieu, vos amis sont en grand honneur, leur puissance a grandi singulièrement. — Seigneur, vous m’avez éprouvé et vous me connaissez, vous m’avez vu assis et levé. »
Oraison : « Dieu qui avez associé au collège de vos Apôtres le bienheureux Mathias, accordez- nous, par son intercession, d’éprouver en nous la douceur de votre miséricorde. »
Lecture des Actes des Apôtres. c. I : « En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des Frères, (ils étaient à peu près cent vingt) et il dit : Mes Frères, il nous faut accomplir ce qui est dit dans l’Écriture, ce que l’Esprit-Saint a prophétisé par la bouche de David, sur Judas, celui qui fut le chef de ceux qui s’emparèrent de Jésus. Il faisait partie de notre société et avait reçu le même ministère. Mais il a pris possession d’un champ par l’argent de sa méchanceté, là où il se pendit. Son corps creva par le milieu et ses entrailles couvrirent le sol. Ce fait fut connu par tous les habitants de Jérusalem, si bien que ce champ fut appelé en leur langue, Haceldama, ou champ du sang.
Or il est écrit au Livre des Psaumes : Que sa maison soit déserte, que personne n’y habite et qu’un autre reçoive son épiscopat.
Il faut donc, parmi ceux qui ont été unis à nous, de tout temps, pendant la vie du Seigneur Jésus au milieu de nous, depuis le baptême de Jean jusqu’au jour où Jésus nous a quittés, choisir l’un d’eux, qui fut témoin comme nous de sa résurrection. On en proposa deux : Joseph, surnommé Barsabas, qu’on appelait le Juste, et Mathias. Puis ils prièrent ainsi : Seigneur, vous qui connaissez le cœur de tous, indiquez-nous celui des deux que vous choisissez pour prendre la place de ce ministère et de cet apostolat dont Judas s’est montré indigne, pour aller en son lieu. Ils tirèrent au sort et le sort tomba sur Mathias, qui fut associé aux onze apôtres. »
C’est la première élection épiscopale. Elle rappelle les plus tristes souvenirs, la trahison de Judas, sa mort horrible.
Il faut le remplacer, dit saint Pierre. Et comme les deux témoins de la Résurrection de Jésus, les deux témoins de toute sa vie apostolique paraissent tous les deux dignes au même degré, les Apôtres s’en remettent à la Providence. Ils ne choisissent pas. Que Dieu lui-même indique son élu. Ce fut Mathias. Il était par conséquent un disciple de la première heure. Il avait vu Jésus, il l’avait entendu. Il pouvait rendre témoignage de sa doctrine, de ses miracles, de sa mort, de sa résurrection.
Quelle joie pour lui ! Quelle reconnaissance au Maître qu’il aimait !
Graduel : « Dieu, vos amis sont en grand honneur, vous exaltez leur puissance. — Je les compterai et leur nombre dépassera les grains de sable de la mer. »
Trait : « Vous avez réalisé le désir de son cœur, vous n’avez pas rejeté la prière de ses lèvres. — Vous l’avez rempli de vos plus douces bénédictions. — Vous avez posé sur sa tête une couronne enrichie de pierres précieuses. »
Dieu exalte ses amis, à l’heure voulue par lui, quelquefois en ce monde, surtout dans l’autre. Mais Mathias fut exalté tout de suite. Le désir secret de son cœur, désir humble certainement, mais désir ardent de servir son Maître, fut exaucé. Ce
désir l’avons-nous ? Est-ce lui ou nous-mêmes que nous servons, même en portant le signe extérieur de son service ? Recevrons-nous la couronne enrichie de pierres précieuses, la couronne réservée au serviteur fidèle, généreux, dévoué ? Là où est notre trésor est notre cœur, a dit le Sauveur, mais là où est notre cœur est notre Maître. Il nous est facile de voir quel est notre Maître, celui que nous servons, en constatant avec franchise où est notre cœur.
Évangile selon St Matthieu c. 11 : « En ce temps-là, Jésus dit : Je vous bénis, ô mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces mystères aux sages et aux savants, tandis que vous les avez révélés aux simples et aux petits. Oui, mon Père, je vous bénis de ce que telle a été votre volonté. Toute puissance a été mise entre mes mains par mon Père. Il n’y a que le Père qui connaisse le Fils, comme il n’y a que le Fils qui connaisse le Père, et aussi celui à qui le Fils voudra le faire connaître. Venez à moi, vous tous qui souffrez, et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. Soumettez-vous à mon joug, apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et votre âme trouvera la paix. Car mon joug est doux, et mon fardeau est léger. »
Offertoire : « Leur voix a été entendue dans toute la terre, leurs paroles sont allées jusqu’au bout du monde. »
Secrète : « Dieu, qui par l’élection du bienheureux Mathias, avez réparé la ruine du traître apostat, afin que le nombre sacré de vos Apôtres eût toute sa perfection, sanctifiez ces offrandes présentes, pour qu’elles nous affermissent par la vertu de votre grâce. »
« Prenez garde, Jésus, disait saint Philippe de Néri, quand il sortait dans les rues de Rome, prenez garde, je vais vous trahir. » Qui de nous, en se levant, peut affirmer que dans sa journée il ne trahira pas Jésus ? Que la grâce de Dieu nous affermisse ! Qu’elle fortifie notre volonté dans le bien ! Qu’elle resserre les liens qui nous attachent à Dieu ! De nous-mêmes, nous allons à la ruine. Notre cœur, dit saint Augustin, notre cœur, mon Dieu, a tendance à vous fuir. C’est effrayant, mais c’est vrai. Nous fuyons Dieu parce qu’il est Saint, comme Adam et Eve l’ont fui, sur le seuil du Paradis. Cet esprit de fuite est entré en nous. Et nous sommes toujours prêts à la trahison. Nous la sentons en nous, vivante, harcelante quelquefois. Mon Dieu, affermissez-nous !
Communion : « Vous qui m’avez suivi, vous serez assis avec moi sur des trônes et vous jugerez les douze tribus d’Israël. »
Postcommunion : « Accordez-nous, nous vous en prions, Dieu tout-puissant et miséricordieux, que par ces mystères sacrés auxquels nous avons participé, nous obtenions à la prière de votre apôtre, le bienheureux Mathias, le pardon et la paix. »
Mathias remplace Judas, il le remplace pour tout. Judas s’en est allé sans pardon et sans la paix. Sans pardon, parce qu’il ne l’a pas demandé à celui qui l’eût pardonné ; sans la paix, car son âme épouvantée est demeurée pour l’éternité dans cette épouvante. A l’Apôtre qui lui succède, nous demandons le pardon et la paix Le pardon suit le repentir, et la paix suit le pardon. Mais tout dépend de Dieu, sans lui nous ne pouvons nous repentir, ni avoir par conséquent le pardon et la paix. Faisons-nous tout petits devant sa miséricorde.



