Mai 28

L’Église et la science

Un savant dont le nom illustre les rapports entre l’Église et la science ?

Posez cette question à un Français moyen, et vous verrez la réponse !

Vous citera-t-il saint Bède le Vénérable († 735), auteur d’une savante étude sur les marées ?
Le moine bénédictin Gui d’Arezzo (990-1050), père des notes de musique ?
Le grand mathématicien Gerbert, plus connu sous le nom de Sylvestre II (le pape de l’an mil : 999-1003) ?
Peut-être le dominicain saint Albert le Grand (1193-1280), qui domina toute la science de son temps ?

Ou bien le franciscain Roger Bacon (1214-1294), qui énonça dès le 13e siècle les principes de la science expérimentale (avec le soutien du pape Clément IV) ?
Le chanoine Copernic, astronome de génie (qui affirma le mouvement de la terre autour du soleil bien avant Galilée) ?
Le jésuite Christophe Clavius (1537-1612), qui prépara la réforme du calendrier en 1581 (pour corriger l’erreur du calendrier julien utilisé depuis Jules César) ?
De la même Compagnie de Jésus, le père Christoph Scheiner (1575-1650), qui mesura la période de rotation du soleil ?

Le père Paul Guldin (1577-1643), auteur du théorème qui porte son nom ?
Le père Marin Mersenne (1588-1648), de l’ordre des minimes, qui, outre ses expériences d’acoustique, inventa le nom de la balistique ?
Le père Francesco-Maria Grimaldi (1618-1663), qui découvrit la diffraction de la lumière ?
Le prêtre d’origine danoise Niels Steensen (1638-1686), qui est considéré comme le père de la géologie ?

Le grand mathématicien jésuite Boscovich (1711-1787) ?
Le religieux prémontré Edme Mariotte (1620-1684) qui énonça la loi de la compressibilité des gaz et découvrit le point aveugle de l’œil ?
L’abbé Jean-Antoine Nollet (1700-1770), précurseur dans l’étude de l’électricité ?
L’abbé René-Just Hauÿ (1743-1822), qui révéla l’anisotropie des cristaux et créa la cristallographie ?

Le jésuite Angelo Secchi (1818-1878), fondateur de la spectrographie stellaire (c’est-à-dire de l’astrophysique moderne) ?
Le moine augustin Grégoire Mendel (1822-1884), qui fonda la génétique en énonçant les lois de l’hérédité ?
Le chanoine Jean-Pierre Rousselot (1846-1924), qui occupa la première chaire de phonétique expérimentale au Collège de France ?
L’abbé Auguste Tauleigne (1870-1926), qui renouvela aussi bien la radiotélégraphie que la radioscopie ?

Le chanoine Jean-Baptiste Senderens (1856-1937), célèbre par ses travaux sur la catalyse ?
Le chanoine Georges-Henri Lemaître (1894-1966), prix Nobel de physique cosmique ?

A moins que, gastronome, votre Français moyen préfère citer l’inventeur du champagne, Dom Pérignon (1638-1715) ?
Ou celui de la clémentine, le frère Clément (spiritain, 1839-1904) ?

Eh bien, non ! S’il a été bon élève de l’école laïque et s’il écoute assidûment les médias officiels, le Français moyen aura une tout autre réponse !

Le nom emblématique des rapports entre l’Église et la science, le seul qui vaille la peine d’être cité, celui qui éclipse tous les autres, c’est Galilée, bien sûr ! Galilée, qui ne fut, en réalité, qu’un savant de second ordre (le grand savant de l’époque, c’est Kepler), mais dont les mésaventures romaines illustrent si bien, comme chacun sait, la « permanente opposition entre l’Église et la science… »