3 novembre

Lettre à un sociologue sur les miracles de Lourdes

Le sociologue Gérald Bronner a publié en 2014 dans la revue Pour la science (nº 439, mai 2014, p. 20) un article contre les miracles de Lourdes, qu’il reproduit dans son livre Cabinet de curiosités sociales (PUF, 2018) : Comment faire un miracle ? [1]

Voici la lettre qui lui avait été adressée à ce sujet en juin 2014 :

Monsieur,

Ainsi donc, selon vous, « les statistiques sont contre les miracles » (Pour la Science, n° 439, mai 2014, p. 20). Pour le démontrer, vous invoquez les cas de « rémission spontanée » qu’on observe parfois dans les hôpitaux. Votre thèse est simple : statistiquement, les guérisons inexpliquées ne sont pas plus fréquentes à Lourdes que dans l’ensemble du milieu hospitalier. Donc il n’y a pas lieu d’y voir une spéciale intervention divine. Le seul mérite de Lourdes est de réunir des foules suffisamment nombreuses pour que ce phénomène statistiquement rare, mais universel, puisse y être régulièrement constaté.

De Lourdes, vous passez ensuite aux miracles en général (notamment ceux qui sont exigés pour une canonisation) et vous concluez cyniquement : « Pour faire des miracles, il suffit de réunir un très grand nombre de personnes. » Voilà résolue la question qui vous servait de titre : « Comment faire un miracle ? » Pour un peu, vous concluriez : Circulez, y’a rien à voir !

Permettez, pourtant, qu’on y regarde d’un peu plus près.

Voyons successivement :

  1. le chiffre que vous brandissez (« 0,2 guérison par an à partir des années 1960 »),
  2. — le chiffre que vous auriez pu donner, pour faire une comparaison honnête,
  3. le préjugé qui dirige manifestement vos calculs,
  4. — enfin, de façon plus générale, la pertinence de votre méthode statistique.

1 octobre

La preuve par Israël

Ce qui frappe dès l’abord dans l’histoire du peuple juif, c’est qu’il occupe une place à part au milieu du monde ancien, c’est qu’il présente à l’observateur le moins attentif ou le plus prévenu une physionomie unique.

1er fait : le monothéisme, au milieu de nations idolâtres

Tandis qu’autour de lui tous les peuples de l’antiquité, même les plus éclairés, sont voués à l’adoration panthéistique de la nature, Israël seul est monothéiste depuis le commencement jusqu’à la fin de son histoire. On a beau dire, pour atténuer ce contraste, que parmi les philosophes païens quelques-uns se sont élevés à l’idée pure de Dieu. Cette assertion, fût-elle mille fois mieux démontrée qu’elle ne l’est en réalité, n’ôterait rien au contraste que je viens de signaler, de son éclat ni de son étrangeté. Chez les Hébreux, ce ne sont pas quelques individualités plus puissantes ou mieux douées, c’est le peuple entier qui depuis le premier jusqu’au dernier professe en masse la doctrine de l’unité de Dieu.

30 août

La ligne de démarcation

 

Le mal du jour est celui-ci : que la ligne de démarcation tend de plus en plus à s’effacer entre chrétiens et non-chrétiens, entre chrétiens et hérétiques et même idolâtres.

Ceux qui se disent encore chrétiens vivent trop souvent comme ceux qui ont renoncé à ce titre ; les femmes soi-disant dévotes portent les mêmes toilettes que les incroyantes, elles lisent les mêmes romans, elles fréquentent les mêmes bals, les mêmes théâtres licencieux, elles ne jeûnent pas et ne se mortifient pas davantage. C’est la confusion dans la mondanité et la licence.

De plus, une doctrine téméraire tend à prévaloir : qu’on se sauve facilement dans toutes les religions, qu’une bonne foi quelconque tient lieu de la foi, qu’en fin de compte tout le monde, ou à peu près, est sauvé [1].

28 août

Le Sel de la terre n°105

Sel de la terre n°105

ÉDITORIAL
Des évêques pour défendre la foi  

ÉCRITURE SAINTE
Père EMMANUEL O.S.B. : De la promesse et de la venue du Rédempteur

ÉTUDES
Frère PIERRE-MARIE O.P. : La satisfaction du Christ
Christian LAGRAVE : Léon de Poncins, l’homme et l’œuvre
★ Vincent LHERMITE : Les catholiques doivent-ils manifester ? 

VIE SPIRITUELLE
★ JUDAS DE COLOGNE : Ma conversion à Jésus-Christ

LECTURES
DOCUMENTS :
– La révolution dans la vie consacrée : quoi de neuf ? (Guibert DE GORZE)
– Les rapports avec Rome (MAUBERT)
– L’engrenage antiliturgique du protestantisme (Dom GUÉRANGER)
– Le protestantisme, né de la folie, mène à la folie (Jacques BALMÈS)
– L’Église contre la science ?

RECENSIONS :
Histoire de France (É. Keller) – Impériophobie et légende noire (M.A. Roca Barea)
Les Martyrs (R. de Chateaubriand) – Von Galen (J. Fehrenbach)
Une histoire mondiale du communisme, t. 1 : Les Bourreaux (T. Wolton)
Nouvelle histoire des guerres de Vendée (J.J. Brégeon et G. Guicheteau)

★ PARMI LES LIVRES REÇUS

INFORMATIONS ET COMMENTAIRES :
– Anneau conciliaire

2 août

On nous ressort Sébastien Faure !

« Douze preuves de l’inexistence de Dieu » : dès le titre, on devine que la brochure de Sébastien Faure ne brille ni par la rigueur logique ni par la légèreté du style. Mais puisqu’elle orne à nouveau la devanture des librairies – par la faute des éditions de l’Herne, qui ont cru devoir ressortir ce brûlot de 1908 – jetons un coup d’œil à ces douze arguments.

L’auteur

Mais d’abord, qui est Sébastien Faure (1858-1942) ?

Fils d’un riche marchand stéphanois, il fut élève puis novice chez les jésuites avant d’embrasser le militantisme libertaire. Ses ouvrages donnent l’impression d’un grand naïf, réellement entiché de ses utopies, sincèrement surpris des divisions du camp anarchiste et totalement inconscient du rôle que lui font jouer les manipulateurs financiers et les provocateurs policiers. Candeur feinte ou réelle ? Car Faure eut à plusieurs reprises l’occasion d’apercevoir le dessous des cartes :

  • En 1894, lorsque l’anarchiste Auguste Vaillant fut condamné à mort pour avoir lancé une bombe aux clous dans la Chambre des députés – attentat qui ne fit que des blessés légers et des dégâts mineurs, mais permit au gouvernement maçonnique d’accroître considérablement les pouvoirs de sa police – Sébastien Faure fut nommé tuteur de sa fille, la petite Sidonie Vaillant. N’était-il pas particulièrement bien placé pour comprendre que l’affaire avait été montée par le ministre de l’intérieur, le franc-maçon Charles Dupuy, comme cela fut révélé par la suite [1]?
  • En janvier 1899, pour fonder son quotidien Le Journal du peuple, Sébastien Faure bénéficia de l’aide de banquiers israélites en échange d’un soutien à la cause de Dreyfus. Il entraîna ainsi dans le camp dreyfusard de nombreux agitateurs libertaires, qui estimaient jusque là que cette querelle ne les regardait pas, et dont le renfort fut très précieux dans les manifestations de rue, face aux nationalistes.
  • A l’été de cette même année 1899, au moment où le gouvernement de Waldeck-Rousseau s’employait à détourner contre l’Église la colère des ouvriers, Sébastien Faure marcha à fond dans la manœuvre. Non content d’attiser la haine anti-catholique par ses écrits, il organisa, le 20 août 1899, une violente émeute au cours de laquelle l’église Saint-Joseph fut complètement saccagée (portail enfoncé, statues brisées, bénitiers arrachés, confessionnaux brûlés, autels profanés, tabernacle éventré et Saint-Sacrement répandu au sol avec des cris de haine). Les émeutiers s’en prirent ensuite aux religieuses hospitalières de la rue Saint-Maur. La destruction des églises et des hôpitaux n’était-elle pas, de toute évidence, le meilleur moyen d’améliorer la condition des ouvriers ? Sébastien Faure ne fut pas condamné. Il ne faisait qu’anticiper de quelques années les violences qui marqueront la séparation de l’Église et de l’État.
  • En 1905, précisément, Faure fut initié à la franc-maçonnerie, qu’il fréquenta assidûment jusqu’en 1917. Y fut-il seulement un idiot utile, ou l’un des tireurs de ficelle? C’est en tout cas durant cette période qu’il élabora ses prétendues « preuves » de l’inexistence de Dieu.

Voyons en détail chacune d’entre elles.